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Les performances scolaires au Maroc selon l’enquête PISA 2018, par Abdeljaouad Ezzrari

Les performances scolaires au Maroc selon l’enquête PISA 2018, par Abdeljaouad Ezzrari

L’OCDE vient de publier les résultats de l’enquête PISA [1] sur les performances scolaires des élèves âgés de 15 ans dans 79 pays, pour l’année 2018.
Le programme PISA [2] consiste à mesurer les performances des systèmes éducatifs au sein des pays, de manière standardisée sur le plan international et sur des échantillons représentatifs à divers niveaux (au Maroc : jusqu’au niveau des régions). Elle porte sur la compréhension d’un texte écrit, les mathématiques et la culture scientifique. L’enquête est publiée tous les trois ans après avoir été menée auprès de dizaines de milliers adolescents de 15 ans (au Maroc auprès de 6814 élèves de 179 établissements). Elle est réalisée dans les 34 pays membres de l’OCDE, mais aussi dans un grand nombre de pays partenaires. La première enquête PISA date de 2001. Le Maroc y participe depuis 2018.
Les résultats de cette enquête révèlent que la Chine occupe la première place dans tous les domaines (lecture, mathématiques et culture scientifique), suivie par le Singapour. Le Maroc occupe les dernières places dans ces domaines, avant le Panama, le Kosovo, la République Dominicaine et les Philippines. Ce classement du Maroc en matière des rendements scolaires reflète son classement en termes de l’Indice du Développement Humain (IDH). En effet, sur les 79 pays touchés par l’enquête PISA, le Maroc occupe la dernière place selon cet Indice, soit le 123ème rang derrière, les Philippines (116ème rang), le Vietnam (115ème rang), l’Indonésie (113ème rang) et la Moldavie (107ème rang).
Les scores moyens obtenus par les élèves marocains sont:

367 pour les mathématiques, soit 92 points de moins que la moyenne internationale (459); 359 pour la compréhension de l’écrit, soit 95 points de moins que la moyenne internationale (454) et 377 pour la culture scientifique, soit 82 points de moins que la moyenne internationale.
Par rapport à la moyenne internationale, nous remarquons que seulement un élève marocain sur 10 obtient un score qui dépasse cette moyenne et ce pour tous les domaines d’études ; et près de 40% des élèves marocains ont un score inférieur à 75% de cette valeur moyenne. L’analyse des performances scolaires des élèves marocains montre qu’elles varient selon certaines caractéristiques, à savoir le genre de l’élève, la région et le secteur d’enseignement.
Les plus grandes variations sont observées entre les secteurs d’enseignement. En effet, un élève scolarisé dans le secteur privé a un score largement supérieur à celui scolarisé dans le secteur public dans tous les domaines d’études.
Le score des élèves du secteur privé en mathématiques est de 406 contre seulement 365 pour ceux du secteur public, soit une différence de 41 points ou 10%. Pour les scores en culture scientifique et compréhension de l’écrit, ils sont respectivement de 405 et 392 pour les élèves du secteur privé et de 375 et 357 pour ceux du secteur public, soit des différences en pourcentage de 8 % et 9 %. Il en ressort que si des efforts considérables ont été fournis par les pouvoirs publics en termes de généralisation de l’éducation à tous les enfants, la qualité laisse toujours à désirer et surtout dans le secteur public.

Score par domaine et par établissement d’enseignement

Source : Réalisé par l’auteur à partir des données de l’enquête PISA 2018

Selon le sexe de l’élève, s’il n’y a pas de différence significative entre les deux sexes en mathématiques, les filles ont un score moyen supérieur à celui des garçons pour les autres domaines d’études, à savoir la culture scientifique et la compréhension de l’écrit (lecture).
En mathématiques, la différence du score moyen entre les filles et les garçons est très minime, les filles scolarisées âgées de 15 ans ont un score moyen de 368, soit un point de moins que leurs homologues garçons. Cette différence devient non négligeable et en faveur des filles pour la culture scientifique et pour la compréhension de l’écrit. En effet, elle s’élève à 9 points pour la culture scientifique et à 26 points pour la compréhension de l’écrit (voir graphique ci-dessous). A l’âge de 15 ans, les garçons sont généralement travaillés par la puberté, alors que les filles ont plus mûres et plus appliquées dans leurs études.

Score par domaine et par genre

Source : Réalisé par l’auteur à partir des données de l’enquête PISA 2018

Selon la région, nous relevons les constations suivantes :

-En mathématiques, les régions Guelmim-Oeud Noun, Souss-Massa et Daraa-Tafilalet affichent des scores les plus élevés parmi les régions du Royaume. Les scores obtenus sont respectivement de 383, 381 et 380. A l’opposé, les scores les plus faibles sont observés dans les régions, Eddakhla-Oeud Eddahab (324), Oriental (350), Béni Mellal-Khénifra(355) et Tanger-Tetouan-Al Hoceima (356).

-Dans la compréhension de l’écrit, les régions Casablanca-Settat, Fès-Meknès et Daraa-Tafilalet affichent des scores les plus élevés parmi les régions du Royaume. Les scores obtenus sont respectivement de 379, 378 et 372. A l’opposé, les scores les plus faibles sont observés dans les régions, Guelmim-Oeud Noun (322), Oriental (337) et Marrakech-Safi (339).

-En culture scientifique, les régions Casablanca-Settat, Daraa-Tafilalet et Fès-Meknès affichent des scores les plus élevés parmi les régions du Royaume. Les scores obtenus sont respectivement de 398, 394 et 390. A l’opposé, les scores les plus faibles sont observés dans les régions, Guelmim-Oeud Noun (340), Oriental (354), Marrakech-Safi (361) et Eddakhla-Oued Eddahab (361).

-Mis à part, les mathématiques, où la région Guelmim-Oued Noun occupe la première place, dans les autres domaines d’études, les élèves de cette région ferment la marche et sont largement loin des scores moyens par région les plus élevés (soit près de 57 points de moins pour la compréhension de l’écrit et 58 points de moins pour la culture scientifique).

-La région Daraa-Tafilalet se trouve dans les premiers rangs dans tous les domaines d’études et ce malgré les difficultés économiques et sociales que vivent généralement les habitants de cette région. En effet, la région Daraa-Tafilalt reste parmi les régions les plus pauvres du Maroc et génère moins de richesse (avec un PIB par tête le plus faible au Maroc (16 200 DH)). Nous signalons également que seuls les élèves du secteur public de la région qui ont été touchés par l’enquête PISA 2018. Ce résultat montre que l’environnement socioéconomique joue un rôle modeste dans les performances scolaires des élèves de 15 ans.

-Les scores obtenus par les élèves de la région Casablanca-Settat sont les plus élevés en moyenne et restent conformes avec le développement économique et social que connaît la région et avec l’extension du secteur privé.

Score en mathématiques par région

Source : Réalisé par l’auteur à partir des données de l’enquête PISA 2018

Score en compréhension de l’écrit par région

Source : Réalisé par l’auteur à partir des données de l’enquête PISA 2018

Score en culture scientifiques par région

Source : Réalisé par l’auteur à partir des données de l’enquête PISA 2018

La première analyse des données de l’Enquête PISA sur les performances scolaires des élèves âgés de 15 ans montre que les élèves marocains enregistrent des résultats largement en-dessous de la moyenne internationale dans tous les domaines d’études et qu’il existe des disparités liées, entre autre, au genre de l’élève, à la région de résidence et à la nature de l’établissement scolaire. D’autres facteurs liés aux caractéristiques des enseignants d’une part et du milieu de vie de l’enfant d’autre part pourraient être également des déterminants essentiels des performances scolaires au Maroc. La prise en considération de l’ensemble de ces facteurs dans des analyses plus détaillées permettrait de dégager avec davantage de précision les déterminants des performances scolaires au Maroc.

Par

EZZRARI Abdeljaouad
Economiste au Haut-Commissariat au Plan et Chercheur associé au LASAARE. Contact : ezzrari@yahoo.fr

[1] Note réalisée sur la Base l’exploitation des données de l’Enquête PISA 2018 réalisée par l’OCDE.
[2] Communément appelé « classement PISA », le programme PISA doit son acronyme à « Program for International Student Assessment » (« Programme international pour le suivi des acquis des élèves »).

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