Appel à contributions – Numéro 3 – « Pauvreté et inégalités en questions : dynamique et interaction avec les politiques publiques »

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RéfÉco - Appel à contributions - Numéro 3 « Pauvreté et inégalités en questions : dynamique et interaction avec les politiques publiques »

Date limite de soumission des articles Vendredi 28 Octobre 2022

MOTIVATION

La pauvreté est un phénomène complexe à manifestations diverses. Si dans les pays avancés on trouve encore des poches de pauvreté non négligeables (aux Etats-Unis par exemple, on observe qu’en 2019, 10,5 % de la population, soit 34 millions de personnes, vivait sous le seuil de pauvreté[1]), elle constitue l’un des problèmes majeurs pour les économies à faible et moyen revenus au sein desquels les personnes en situation de pauvreté et de vulnérabilité  sont en proportion plus nombreuses et sont exposées à de nombreux risques qui affectent leur bien-être ainsi que leurs accès aux services de base.

La pauvreté est multidimensionnelle et va au-delà de l’aspect monétaire (Alkire, 2011; Ravallion, 2010 ; Sen, 1992 ; Thorbecke, 2008). Outre les questions de revenu, la pauvreté et les inégalités concernent l’accès à la santé, à l’éducation, au logement décent ou encore à l’emploi. 

De par ses conséquences, ses formes et ses dimensions sociales, la pauvreté s’est donc imposée à l’attention de la communauté internationale des décideurs et des chercheurs. C’est dans ce cadre que les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) des Nations unies avaient ciblé la diminution de moitié du taux mondial de pauvreté entre 2000 et 2015. Le bilan des OMD laisse cependant apparaître des résultats mitigés. Bien que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue ait diminué partout dans le monde et que des progrès significatifs aient été accomplis dans d’autres domaines, il n’en reste pas moins que la pauvreté extrême persiste et que l’appréhension des progrès à des niveaux agrégés cache des disparités inter et intra-pays.

Consciente de cet état de fait, la communauté internationale a conclu en 2015 un nouvel accord englobant 17 Objectifs du Développement Durable (ODD) à réaliser d’ici à l’horizon 2030.  Mettre fin à l’extrême pauvreté et réduire les inégalités sociales, de genre et territoriales font partie de ces principaux objectifs[2].

Il apparaît cependant que l’atteinte des ODD pourrait être fortement compromise du fait de la pandémie du Covid-19 qui a frappé l’humanité depuis la fin de l’année 2019. Des études menées par différents organismes internationaux montrent que la pauvreté et les inégalités se sont aggravées depuis le début de cette crise sanitaire.

La Banque Mondiale (2020)[3] prévoyait qu’entre 88 et 115 millions de personnes supplémentaires basculeraient dans l’extrême pauvreté à la fin de l’année 2020, suite aux effets de la crise sanitaire. Cela signifie qu’entre 703 et 729 millions individus vivraient dorénavant avec moins de 1,90 dollar par jour. Le taux de l’extrême pauvreté se situant entre 9,1% et 9,4 %, retrouverait ainsi le niveau de 2017. Selon les prévisions, la situation devait continuer à se dégrader en 2021, avec 23 à 35 millions de pauvres supplémentaires et le nombre total de nouveaux pauvres se situerait entre 110 à 150 millions.

La prospérité partagée, mesurée par le taux de croissance du revenu des 40 % des plus pauvres, aurait enregistré une baisse du fait de ces conditions de fragilisation. Une telle situation pourrait déclencher un cycle d’appauvrissement alimenté par la hausse des inégalités de revenu, la baisse de la mobilité sociale au sein de la population vulnérable et le déclin de la capacité d’adaptation à d’éventuels chocs futurs.   

Dans les pays à faible revenu, l’effet de la crise sanitaire s’est fait sentir par la détérioration du niveau de vie des ménages, la perte d’emploi, l’accentuation des inégalités sociales, de genre et territoriales.

A titre d’exemple, au Maroc, les données des enquêtes menées par le Haut-Commissariat au Plan sur l’impact de la crise sanitaire montrent que la pauvreté a été multipliée par 7 (passée de 1,7% avant cette crise / 2019 à 11,7% durant le confinement / Juin 2020).

Le collectif de chercheurs RéfÉco (Aazi et al., « Crise sanitaire et répercussions économiques et social au Maroc : évaluations et analyse d’un collectif de chercheurs », Rapport RéfÉco, n° 02/2020) a montré que les effets sont différenciés selon les strates de la société et les milieux de résidence. Le rapport de ONU-FEMMES (https://morocco.unwomen.org/fr/ressources-medias/publications/2021/02/hcp-impact-covid-19-menages) a mis en exergue la différence d’intensité des méfaits de la crise également selon le genre. Les champs couverts par ces analyses concernent aussi l’éducation et la santé.

L’objet de ce numéro de la revue Réflexions Économiques est de réunir des articles qui analysent la dynamique de la pauvreté et des inégalités au Maroc mais aussi dans d’autres pays à faible et moyen revenus, notamment d’Afrique. Les analyses auxquelles sont conviés les auteurs peuvent avoir un caractère théorique et/ou empirique. L’objectif est de parvenir à des articles bien argumentés, ayant des implications de politique publique claires, dans le sens où l’esprit de la revue consiste à nourrir le débat public et in fine de servir à l’éclairage de la décision publique.

Les auteurs sont invités à proposer des articles originaux ou des articles sous forme de note de lecture synthétisant des rapports ou des contributions originales. Conformément à la ligne éditoriale de la revue, ce numéro vise un lectorat aussi large que possible.

[1] Le 15 Septembre 2020, le « United States Census Bureau » notait que « C’est le taux le plus bas observé depuis les premières publications en 1959 (où il était de 22,4 %)». En 2014 ce taux s’élevait encore à 14,8 %). Il faut y ajouter l’importance des inégalités (chez les Afro-Américains, la fréquence atteignait 55 %).

[2] https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/

[3] Rapport 2020 sur « la pauvreté et la prospérité partagée : Questions fréquentes ».

De ce fait, les articles à soumettre devront tenter de :

  1. Minimiser les aspects trop techniques ; quand ils paraissent indispensables, les mettre en encadré avec un développement du texte qui permette aux non-initiés de les omettre ;
  2. Développer un argumentaire bien fondé et articulé ;
  3. Proposer des recommandations opérationnelles au niveau des politiques publiques en matière de réductions des inégalités. Une attention particulière sera portée aux expériences internationales des questions traitées, dans une optique de comparaison aussi bien pour les diagnostics que pour les stratégies et leurs performances. Une douzaine d’articles de dix à quinze pages chacun seront retenus pour ce numéro.

AXES

Les réflexions et analyses développées dans les articles devront idéalement avoir une dimension « appliquée » bien que basées sur des théories avérées. Elles pourront porter sur différents aspects tels que :

  • Les approches pour la mesure de la pauvreté et des inégalités.
  • Les déterminants socioéconomiques de la pauvreté.
  • Les déterminants socioéconomiques des inégalités.
  • Les différentes manifestations de la pauvreté. Par exemple, se manifeste-t-elle de façon différente selon les périodes et les champs des études (pays, régions) ?
  • La question de la croissance non inclusive pourra être abordée avec des études de cas.
  • Des comparaisons internationales pourront être faites (par exemple comparer l’Italie des années 50 – 60 avec la situation actuelle de certains pays à faible revenu) pour tirer des leçons sur les conditions d’une prospérité partagée.
  • L’impact socioéconomique de la pandémie du Covid-19 sur la pauvreté et les inégalités ainsi que l’analyse des canaux de transmission.
  • Le lien entre mondialisation, ouverture commerciale et inégalités y compris les effets sur les rémunérations différenciées des facteurs capital et travail.
  • Le lien entre la transformation structurelle, la rémunération des facteurs et la répartition des richesses.
  • Les interactions croissance-pauvreté-inégalités.
  • Les interactions qui existent entre l’emploi, la croissance et la pauvreté selon les pays ou les périodes.
  • Les dimensions sociales et territoriales des inégalités, l’appréhension des divergences et les conditions de convergence des niveaux de développement des régions.
  • L’impact des programmes sociaux sur la pauvreté et les inégalités.
  • Les canaux de transmissions qui expliquent l’impact des transferts des travailleurs non-résidents sur la pauvreté et les inégalités.
  • Le ciblage des politiques publiques en matière de réduction de la pauvreté et/ou des inégalités.

Cette liste n’est pas limitative.

ÉDITEURS ET PROCESSUS D'ÉVALUATION

Les éditeurs en charge de ce numéro sont :

  • Abdeljaouad Ezzrari, économiste de développement et chercheur associé au Lasaare, ezzrari@yahoo.fr
  • Linguère Mously Mbaye, chargée principale de la fragilité et de la résilience au Bureau de coordination des Etats en transition de la Banque Africaine de Développement, linguere.mbaye@gmail.com
  • Fouzi Mourji, professeur à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales – Aïn Chock – l’Université Hassan II – Casablanca. Directeur du Lasaare, fmourji@gmail.com

Les articles soumis feront l’objet d’une évaluation par deux rapporteurs dans l’anonymat.
La décision du comité de rédaction sera fondée sur les appréciations de ces rapporteurs.

SOUMISSION DES ARTICLES ET CALENDRIER

Les articles, sous la forme recommandée par la revue (voir : https://refeco.org/soumettre-un-article/) devront être soumis par voie électronique à Abdeljaouad Ezzrari : ezzrari@yahoo.fr et Hajar El Hirichi : hajar.elherich@gmail.com

Veuillez mentionner dans « l’objet » des messages que l’article est soumis dans le cadre du numéro 3 de la revue RéfÉco.

Date limite de soumission des articles : le vendredi 28 Octobre 2022.