Catégorie : Actualités
-
Annonce de soutenance de la thèse de doctorat préparée par Oumaima Er-reyyahy
Résumé de la thèse
La présente thèse s’attache à analyser et modéliser la qualité du ciblage territorial de l’investissement public au Maroc. Ce sujet revêt une importance cruciale dans les domaines de l’économie régionale et de l’économie géographique. En explorant la fonction redistributive du budget de l’État à traversles territoires, elle offre des éclairages essentiels sur les défis et les lacunes de l’investissement public, contribuant ainsi, en partie, à expliquer ses sous-performances globales observées à l’échelle nationale.
Avant de procéder à la modélisation de la question centrale pour explorer les relations causales etanalyser le comportement du ciblage territorial de l’investissement public, un travail préliminaire approfondi et une préparation méthodique ont été entrepris, en recourant initialement à des techniques de statistique spatiale avancées et intelligentes. Le premier chapitre pose les fondements nécessaires pour cette analyse, en établissant une cartographie détaillée de l’investissement public à l’échelle territoriale et en identifiant les faits stylisés relatifs à sa distribution spatiale et par secteur institutionnel et département ministériel, sur la base d’un travail fouillé et inédit des données couvrant la période 2012-2021. Il en ressort que l’investissement public en niveau et par tête est concentré dans les deux plus grandes régions du Royaume, sauf qu’en dynamique ce sont les trois régions les moins loties qui enregistrent les taux de croissance les plus élevés débouchant à terme, si une telle dynamique serait maintenue, sur une convergence interrégionale des taux d’investissement public. Cette concentration se double par une domination des fonds alloués à l’investissement au profit de deux départements : l’Equipement et Transport d’une part et l’Agriculture d’autre part. La dernière partie qui conclue le chapitre pose les jalons du débat sur l’approche la plus appropriée pour le ciblage territorial des investissements publics. Et au lieu de mettre dos à dos les deux logiques centralisée (top-down) et décentralisée (bottom-up), nous plaidons pour une démarche qui les réconcilie dans un mode de gouvernance multiniveau.
S’appuyant sur les conclusions du premier chapitre, le deuxième teste empiriquement l’hypothèse de travail selon laquelle l’efficacité de l’investissement public en termes de sa capacité à générer de la richesse et créer de l’emploi serait tributaire de sa localisation et de la nature des interactions spatiales auxquelles donne lieu. Ainsi, la stratégie empirique adoptée, en évaluant à la fois l’effet direct et l’effet indirect interactif et itératif, estime les multiplicateurs locaux de l’investissement public. Ces multiplicateurs mesurent l’ampleur des réactions territoriales différenciées en termes de performances globales de l’investissement, tout en examinant comment ces multiplicateurs évoluent selon les composantes de l’investissement et le niveau de développement des territoires (stock de capital initial).
Les résultats révèlent une variabilité significative des multiplicateurs d’investissement public entre les régions, conditionnée non seulement par la répartition géographique des dépenses publiques d’investissement, mais aussi par la nature des interactions territoriales qui en découlent. Par composantes, les contributions des Etablissements et Entreprises Publics (EEP) et du Budget de l’Etat (BE) influencent différemment les multiplicateurs selon les régions. Des profils régionaux distincts ont ainsi été identifiés. Les régions moins pourvues tirent principalement profit des EEP, tandis que dans les régions mieux dotées, le poids du BE est prépondérant mais n’est pas toujours suffisant pour renverser les effets négatifs observés.
L’interaction entre l’investissement public et le capital initial des régions met en lumière l’existenced’un seuil critique. Au-delà de ce seuil, l’effet initialement négatif de l’investissement public dans les régions mieux dotées se transforme en un effet positif à mesure que le niveau de développement économique s’accroît et gagne en maturité. En revanche, dans les régions moins loties, les effets positifs initiaux des multiplicateurs territoriaux tendent à s’amenuiser à mesure que le niveau de développement initial demeure bas, suggérant ainsi l’existence d’un seuil de développement à partir duquel l’efficacité de l’investissement public s’inverse. Ces résultats remettent en question la théorie du stock initial, qui postule que les multiplicateurs d’investissement sont plus élevés dans les régions moins développées. À l’échelle territoriale marocaine, cette théorie ne trouve pas de validation empirique directe ; au contraire, les conclusions indiquent que le faible niveau de développement initial des régions moins pourvues peut, en réalité, limiter l’efficacité des investissements publics, soulignant la nécessité d’une approche plus nuancée pour maximiser les impacts de l’investissement public en fonction des contextes territoriaux spécifiques.
Dans le troisième chapitre, nous sommes alors conduits à étudier les déterminants de l’efficacité de l’investissement public, en particulier les paramètres explicatifs de la valeur du multiplicateur d’investissement public territorial. En utilisant les résultats des multiplicateurs territoriaux obtenus lors de la phase précédente, nous construisons un indice d’efficacité ex-post de l’investissement public, intégré en tant que variable endogène clé dans le système spatio-temporel élaboré. Les résultats mettent en lumière la complexité et la diversité des paramètres influençant l’efficacité de l’investissement public, lesquels sont à la fois conjoncturels et structurels. Ces effets varient demanière significative entre les régions, reflétant des dynamiques distinctes selon le niveau de développement territorial. Les résultats obtenus mettent également en évidence l’importance des interactions interrégionales illustrant ainsi un effet d’entraînement qui peut soit optimiser, soit compromettre l’efficacité de l’investissement public dans les territoires concernés.
Au cœur de cette analyse, l’objectif est de construire postérieurement un indice d’efficacité ex-antede la distribution territoriale de l’investissement public. Cet indice vise à évaluer si la répartition des investissements, telle que programmée annuellement dans les projets de loi des finances, suit une logique d’efficacité. Cette approche permet de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents auciblage territorial de l’investissement public et d’identifier les écarts entre les principes d’efficacité anticipée et la pratique.
La création de l’indice d’efficacité ex-ante ouvre des perspectives essentielles pour l’évaluation de laqualité du ciblage territorial des fonds publics. L’analyse révèle des disparités marquées dans l’efficacité de l’investissement public entre les différentes régions, ainsi que des divergences significatives entre la hiérarchisation territoriale fondée sur l’efficacité anticipée et celle basée sur la répartition territoriale effective de l’investissement public. -
Appel à contributions – Numéro 4 – « Où en est l’économie du développement aujourd’hui ? »
RéfÉco – Appel à contributions – Numéro 4 « Où en est l’économie du développement aujourd’hui ? »
Date limite de soumission des articles 31 Décembre 2023
Ce numéro thématique de la Revue Réflexions Économiques cherche à dresser un état des lieux de l’économie du développement et à ouvrir un débat argumenté sur ses objets, ses champs, et ses cadres d’analyse.
A son émergence, au lendemain de la deuxième Guerre mondiale, l’économie du développement, soutenant les spécificités des pays en développement, s’est attaché à bâtir des corpus théoriques explicatifs qui leur sont adaptés. Cette période des « pionniers » s’est caractérisée par une multiplicité des démarches et une diversité dans la compréhension des facteurs de sous-développement et par une réflexion sur les voies possibles de son dépassement. Les principaux apports concernent les cercles vicieux et la croissance équilibrée (Nurkse), le big push et la trappe de pauvreté (Rosenstein-Rodan), le dualisme des structures (Lewis), la croissance déséquilibrée et des pôles de croissance (Hirshman et Perroux), la théorie de la dépendance (Prebisch, Singer), et le développement du système capitaliste (Gunder Frank, Amin).
Au cours des années 80, les plans d’ajustement structurel, l’éclatement du Tiers-monde autant que l’émergence des économies du Sud-Est asiatique ont conduit à une réorientation de la tradition de recherche qui a consisté à se soustraire au grief formulé par Shultz (1980) : « L’erreur cruciale est de supposer que l’économie conventionnelle est inadéquate quant à l’analyse des économies des pays à bas revenus ». Il s’en est suivi, la contre révolution néo-classique aidant (Baghawati, Krueger, Lall et Little), une absorption de l’économie du développement par l’approche néoclassique sous l’égide de son référentiel de l’équilibre et ses postulats de base, le comportement optimisateur des agents et l’autorégulation des marchés.
Le « consensus de Washington », qui incarne le paradigme du développement à l’œuvre aujourd’hui, est le couronnement de cette absorption de l’économie du développement. Il a acquis le statut d’une matrice disciplinaire (Kuhn, 1977). Suite à cette reconfiguration, le marché est tenu pour un dispositif central apte à garantir un équilibre de plein emploi des ressources en même temps que la croissance et l’équité. Aussi, les autorités publiques doivent, d’une part, assurer la stabilité macro-économique et, d’autre part, mettre en œuvre des réformes de structures destinées à libérer les marchés des produits, du travail et du crédit des entraves réglementaires et à renforcer la concurrence. La flexibilité est censée accroître l’efficacité de l’allocation des ressources et soutenir le taux de croissance potentielle. Jaugés à l’aune de la norme de la concurrence parfaite, les défauts du système économique sont ramenés à des imperfections de marché. L’atonie de la croissance, le chômage, la pauvreté, la corruption… sont ainsi imputés au manque de stabilité macroéconomique, à la qualité des institutions ou à l’insuffisante application de réformes structurelles à même d’éliminer les rigidités. L’économie du développement, suite notamment à sa promotion par les organisations de Washington dans les forums scientifiques et à l’échelle des décisions de politiques publiques, est devenue une discipline carrefour où se croisent la macroéconomie et les politiques économiques, l’économie de la croissance endogène, l’économie des institutions, la microéconomie expérimentale et l’économie de la mondialisation.
Ce numéro spécial entend accueillir aussi bien des propositions d’ordre théorique et que des articles de facture empirique qui relèvent des thèmes suivants :
- L’économie de la croissance endogène et le legs des « pionniers » du développement
- Les politiques monétaire et budgétaire : théorie et modèles appliquées
- Les réformes des institutions de marché
- La qualité institutionnelle et la gouvernance : portée et limites
- Le capital immatériel et le développement
- Le capital humain et la croissance : quel bilan ?
- Les défis posés à l’économétrie par la mesure de la croissance potentielle
- Qu’apportent les expérimentations aléatoires
- Portée et limites des indicateurs du chômage et de l’emploi
- Le consensus de Washington à l’épreuve de l’émergence
- Rodrik et l’économie du développement
- L’approche par les capacités peut-elle servir d’alternative ?
Les auteurs sont invités à proposer des articles analytiques ou des articles sous forme de note de lecture synthétisant des rapports ou des contributions originales. Conformément à la ligne éditoriale de la revue, ce numéro vise un lectorat aussi large que possible.
De ce fait, les articles à soumettre devront tenter de :
- Minimiser les aspects trop techniques ; quand ils paraissent indispensables, les mettre en encadré avec un développement du texte qui permette aux non-initiés de les ignorer sans nuire à leur compréhension du reste du texte;
- Développer un argumentaire articulé ;
Ce numéro thématique sera coordonné par:
- Yasser Tamsamani, docteur en économie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre du laboratoire « Modélisation et Analyse Economiques des Politiques Publiques » de la faculté de droit de Casablanca.
- Redouane Taouil, Professeur agrégé des universités, CREG, Université Grenoble Alpes.
Les propositions d’articles complets sont à envoyer par voie électronique à l’email de la revue [contact@refeco.org] et/ou directement à ceux des coordinateurs du numéro [redouane.taouil@yahoo.fr; yassertamsamani@yahoo.fr].
Calendrier de publication
- Date limite de soumission : 31 décembre 2023.
- Sélection des contributions sur la base des rapports des référés : 31 mars 2024.
- Date de publication : 31 juillet 2024.
Consignes aux auteurs
Les contributions doivent se conformer aux normes éditoriales de la Revue. Les consignes à respecter pour soumettre un article sont à lire sur ce lien : https://refeco.org/soumettre-un-article/
-
1ère édition de la Conférence Internationale sur l’Economie du Développement et l’Analyse des Politiques Publiques (EDAPP 2022)
Appel à contributions à la 1ère Édition de la Conférence Internationale sur l’Economie du Développement et l’Analyse des Politiques Publiques (EDAPP 2022)
Organisée par,
La Faculté des Sciences Juridiques Économiques et Sociales-Ain Chock
&
Le Laboratoire de Modélisation et Analyse Économique des Politiques Publiques (MAEPP)En Collaboration avec,
L’Observatoire National du Développement Humain (ONDH)
Sous le thème :
Pauvreté et inégalités : dynamiques et perspectives dans les pays en développement Le 08 Décembre 2022 à la FSJES – Ain Chock, Casablanca – Maroc
Contexte et axesL’économie au service du développement
Bien qu’elles soient anciennes, les questions du développement restent parmi les plus fondamentales de la science économique. Elles s’appuient sur plusieurs de ses branches (microéconomie, macroéconomie, économie internationale, empirisme économique, etc.) et se trouvent de fait au cœur de la discipline. De façon concrète, ces questions ont trait à la recherche et la définition des stratégies et des politiques économiques à mettre en place pour aider les pays pauvres et/ou à revenu moyen à combler leur retard vis-à-vis des pays avancés (en matières d’éducation, de santé, de production, de réduction de pauvreté et des inégalités, etc.). Leur apport ne se limite pas à calquer les recettes de succès tirées des expériences de ces pays mais va bien au-delà, puisque la définition des stratégies s’appuie autant sur la compréhension et l’analyse des processus de développement à l’oeuvre et les freins au développement, que sur la compréhension des spécificités nationales, régionales et locales des pays.
La conférence EDAPP a pour objectif d’accompagner et de contribuer à nourrir cette quête permanente de nouvelles stratégies et ce souci d’évaluation et de mesure par la recherche académique, la confrontation des idées et le débat des chercheurs entre eux et avec les praticiens. Elle se veut un forum annuel pour discuter les avancées en matière de recherche et les résultats des dernières études portant sur le développement et l’analyse des politiques publiques au Maroc et ailleurs. Son ambition est de servir de pont entre le monde académique et politique en faisant converger les préoccupations des chercheurs, des professionnels/spécialistes de ces questions de celles des décideurs.
A propos de la première édition
Cette année une attention particulière sera portée aux contributions traitant les inégalités et/ou la pauvreté.
En effet, la pauvreté et les inégalités constituent les premiers freins au développement (Stiglitz, 2012) et ce sont donc des défis majeurs auxquels les Etats, notamment à faible et moyen revenu, doivent faire face. Ce sont des phénomènes complexes à manifestations diverses qui impliquent tous les acteurs de la société et qui revêtent un caractère multidimensionnel. En effet, au-delà de l’aspect monétaire et des questions de revenu, la pauvreté et les inégalités concernent d’abord et surtout l’accès à la santé, à l’éducation, aux services financiers, au logement ou encore à l’emploi décents (A. Sen 1999). D’autre part, ce sont des phénomènes qui se sont accentués depuis le début de la crise sanitaire de la Covid-19 et qui sont susceptibles de s’aggraver davantage avec l’inflation et les risques de pénuries engendrés par les tensions géopolitiques mondiales actuelles.
Ainsi, de par leurs conséquences, formes et dimensions sociales, la pauvreté et les inégalités se sont imposées à l’attention de la communauté internationale des décideurs et des chercheurs et font désormais partie des principaux objectifs de Développement Durable (ODD) à réaliser d’ici l’horizon 2030.
Les questions d’intérêt dans ce cadre comprennent les axes suivants (sans s’y limiter) :
- La dynamique de la pauvreté et/ou des inégalités au Maroc ou en Afrique,
- Les approches de mesure de la pauvreté et/ou des inégalités (toute forme),
- Les déterminants socioéconomiques de la pauvreté et/ou des inégalités et les mécanismes palliatifs : les enseignements d’expériences internationales,
- L’impact socioéconomique de la pandémie de la Covid-19 sur la pauvreté et les inégalités, analyse des canaux de transmission,
- Les dimensions sociales et/ou territoriales des inégalités,
- La transformation structurelle, la rémunération des facteurs et la répartition des richesses,
- L’appréhension des divergences et les conditions de convergence des niveaux de développement des régions,
- L’impact des programmes sociaux sur la pauvreté et les inégalités,
- Le ciblage des politiques publiques en matière de réduction de la pauvreté et/ou des inégalités.
Pour toute information ou renseignement
Contact : edapp1.2022@gmail.com
-
Appel à contributions – Numéro 3 – « Pauvreté et inégalités en questions : dynamique et interaction avec les politiques publiques »
RéfÉco – Appel à contributions – Numéro 3 « Pauvreté et inégalités en questions : dynamique et interaction avec les politiques publiques »
Date limite de soumission des articles (délai de soumission prolongé) Vendredi 18 Novembre 2022
MOTIVATION
La pauvreté est un phénomène complexe à manifestations diverses. Si dans les pays avancés on trouve encore des poches de pauvreté non négligeables (aux Etats-Unis par exemple, on observe qu’en 2019, 10,5 % de la population, soit 34 millions de personnes, vivait sous le seuil de pauvreté[1]), elle constitue l’un des problèmes majeurs pour les économies à faible et moyen revenus au sein desquels les personnes en situation de pauvreté et de vulnérabilité sont en proportion plus nombreuses et sont exposées à de nombreux risques qui affectent leur bien-être ainsi que leurs accès aux services de base.
La pauvreté est multidimensionnelle et va au-delà de l’aspect monétaire (Alkire, 2011; Ravallion, 2010 ; Sen, 1992 ; Thorbecke, 2008). Outre les questions de revenu, la pauvreté et les inégalités concernent l’accès à la santé, à l’éducation, au logement décent ou encore à l’emploi.
De par ses conséquences, ses formes et ses dimensions sociales, la pauvreté s’est donc imposée à l’attention de la communauté internationale des décideurs et des chercheurs. C’est dans ce cadre que les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) des Nations unies avaient ciblé la diminution de moitié du taux mondial de pauvreté entre 2000 et 2015. Le bilan des OMD laisse cependant apparaître des résultats mitigés. Bien que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue ait diminué partout dans le monde et que des progrès significatifs aient été accomplis dans d’autres domaines, il n’en reste pas moins que la pauvreté extrême persiste et que l’appréhension des progrès à des niveaux agrégés cache des disparités inter et intra-pays.
Consciente de cet état de fait, la communauté internationale a conclu en 2015 un nouvel accord englobant 17 Objectifs du Développement Durable (ODD) à réaliser d’ici à l’horizon 2030. Mettre fin à l’extrême pauvreté et réduire les inégalités sociales, de genre et territoriales font partie de ces principaux objectifs[2].
Il apparaît cependant que l’atteinte des ODD pourrait être fortement compromise du fait de la pandémie du Covid-19 qui a frappé l’humanité depuis la fin de l’année 2019. Des études menées par différents organismes internationaux montrent que la pauvreté et les inégalités se sont aggravées depuis le début de cette crise sanitaire.
La Banque Mondiale (2020)[3] prévoyait qu’entre 88 et 115 millions de personnes supplémentaires basculeraient dans l’extrême pauvreté à la fin de l’année 2020, suite aux effets de la crise sanitaire. Cela signifie qu’entre 703 et 729 millions individus vivraient dorénavant avec moins de 1,90 dollar par jour. Le taux de l’extrême pauvreté se situant entre 9,1% et 9,4 %, retrouverait ainsi le niveau de 2017. Selon les prévisions, la situation devait continuer à se dégrader en 2021, avec 23 à 35 millions de pauvres supplémentaires et le nombre total de nouveaux pauvres se situerait entre 110 à 150 millions.
La prospérité partagée, mesurée par le taux de croissance du revenu des 40 % des plus pauvres, aurait enregistré une baisse du fait de ces conditions de fragilisation. Une telle situation pourrait déclencher un cycle d’appauvrissement alimenté par la hausse des inégalités de revenu, la baisse de la mobilité sociale au sein de la population vulnérable et le déclin de la capacité d’adaptation à d’éventuels chocs futurs.
Dans les pays à faible revenu, l’effet de la crise sanitaire s’est fait sentir par la détérioration du niveau de vie des ménages, la perte d’emploi, l’accentuation des inégalités sociales, de genre et territoriales.
A titre d’exemple, au Maroc, les données des enquêtes menées par le Haut-Commissariat au Plan sur l’impact de la crise sanitaire montrent que la pauvreté a été multipliée par 7 (passée de 1,7% avant cette crise / 2019 à 11,7% durant le confinement / Juin 2020).
Le collectif de chercheurs RéfÉco (Aazi et al., « Crise sanitaire et répercussions économiques et social au Maroc : évaluations et analyse d’un collectif de chercheurs », Rapport RéfÉco, n° 02/2020) a montré que les effets sont différenciés selon les strates de la société et les milieux de résidence. Le rapport de ONU-FEMMES (https://morocco.unwomen.org/fr/ressources-medias/publications/2021/02/hcp-impact-covid-19-menages) a mis en exergue la différence d’intensité des méfaits de la crise également selon le genre. Les champs couverts par ces analyses concernent aussi l’éducation et la santé.
L’objet de ce numéro de la revue Réflexions Économiques est de réunir des articles qui analysent la dynamique de la pauvreté et des inégalités au Maroc mais aussi dans d’autres pays à faible et moyen revenus, notamment d’Afrique. Les analyses auxquelles sont conviés les auteurs peuvent avoir un caractère théorique et/ou empirique. L’objectif est de parvenir à des articles bien argumentés, ayant des implications de politique publique claires, dans le sens où l’esprit de la revue consiste à nourrir le débat public et in fine de servir à l’éclairage de la décision publique.
Les auteurs sont invités à proposer des articles originaux ou des articles sous forme de note de lecture synthétisant des rapports ou des contributions originales. Conformément à la ligne éditoriale de la revue, ce numéro vise un lectorat aussi large que possible.
–
[1] Le 15 Septembre 2020, le « United States Census Bureau » notait que « C’est le taux le plus bas observé depuis les premières publications en 1959 (où il était de 22,4 %)». En 2014 ce taux s’élevait encore à 14,8 %). Il faut y ajouter l’importance des inégalités (chez les Afro-Américains, la fréquence atteignait 55 %).
[2] https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/
[3] Rapport 2020 sur « la pauvreté et la prospérité partagée : Questions fréquentes ».
–
De ce fait, les articles à soumettre devront tenter de :
- Minimiser les aspects trop techniques ; quand ils paraissent indispensables, les mettre en encadré avec un développement du texte qui permette aux non-initiés de les omettre ;
- Développer un argumentaire bien fondé et articulé ;
- Proposer des recommandations opérationnelles au niveau des politiques publiques en matière de réductions des inégalités. Une attention particulière sera portée aux expériences internationales des questions traitées, dans une optique de comparaison aussi bien pour les diagnostics que pour les stratégies et leurs performances. Une douzaine d’articles de dix à quinze pages chacun seront retenus pour ce numéro.
AXES
Les réflexions et analyses développées dans les articles devront idéalement avoir une dimension « appliquée » bien que basées sur des théories avérées. Elles pourront porter sur différents aspects tels que :
- Les approches pour la mesure de la pauvreté et des inégalités.
- Les déterminants socioéconomiques de la pauvreté.
- Les déterminants socioéconomiques des inégalités.
- Les différentes manifestations de la pauvreté. Par exemple, se manifeste-t-elle de façon différente selon les périodes et les champs des études (pays, régions) ?
- La question de la croissance non inclusive pourra être abordée avec des études de cas.
- Des comparaisons internationales pourront être faites (par exemple comparer l’Italie des années 50 – 60 avec la situation actuelle de certains pays à faible revenu) pour tirer des leçons sur les conditions d’une prospérité partagée.
- L’impact socioéconomique de la pandémie du Covid-19 sur la pauvreté et les inégalités ainsi que l’analyse des canaux de transmission.
- Le lien entre mondialisation, ouverture commerciale et inégalités y compris les effets sur les rémunérations différenciées des facteurs capital et travail.
- Le lien entre la transformation structurelle, la rémunération des facteurs et la répartition des richesses.
- Les interactions croissance-pauvreté-inégalités.
- Les interactions qui existent entre l’emploi, la croissance et la pauvreté selon les pays ou les périodes.
- Les dimensions sociales et territoriales des inégalités, l’appréhension des divergences et les conditions de convergence des niveaux de développement des régions.
- L’impact des programmes sociaux sur la pauvreté et les inégalités.
- Les canaux de transmissions qui expliquent l’impact des transferts des travailleurs non-résidents sur la pauvreté et les inégalités.
- Le ciblage des politiques publiques en matière de réduction de la pauvreté et/ou des inégalités.
Cette liste n’est pas limitative.
ÉDITEURS ET PROCESSUS D’ÉVALUATION
Les éditeurs en charge de ce numéro sont :
- Abdeljaouad Ezzrari, économiste de développement et chercheur associé au Lasaare, ezzrari@yahoo.fr
- Linguère Mously Mbaye, chargée principale de la fragilité et de la résilience au Bureau de coordination des Etats en transition de la Banque Africaine de Développement, linguere.mbaye@gmail.com
- Fouzi Mourji, professeur à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales – Aïn Chock – l’Université Hassan II – Casablanca. Directeur du Lasaare, fmourji@gmail.com
Les articles soumis feront l’objet d’une évaluation par deux rapporteurs dans l’anonymat.
La décision du comité de rédaction sera fondée sur les appréciations de ces rapporteurs.SOUMISSION DES ARTICLES ET CALENDRIER
Les articles, sous la forme recommandée par la revue (voir : https://refeco.org/soumettre-un-article/) devront être soumis par voie électronique à Abdeljaouad Ezzrari : ezzrari@yahoo.fr et Hajar El Hirichi : hajar.elherich@gmail.com
Veuillez mentionner dans « l’objet » des messages que l’article est soumis dans le cadre du numéro 3 de la revue RéfÉco.
Date limite de soumission des articles : le vendredi 18 Novembre 2022.
-
Numéro 2 : La santé en questions : états sanitaires, accès aux soins et politiques publiques
La santé en questions : états sanitaires, accès aux soins et politiques publiques
N° 02/2022
Martine Audibert, Safia Fekkaklouhail, Meriem Oudmane
Mustapha El Alaoui-Faris
Partie 1 : Politiques publiques de santé : quelle efficacité pour atteindre la couverture sanitaire universelle ?
Yaya Sidibe, Martine Audibert
Meriem Oudmane, Fouzi Mourji
Abdeljaouad Ezzrari, Fatima Zahra Mouhsini, Omaima Mouttaki, Alexandra Zins
Fatoumata M. Faye
Abdeljaouad Ezzrari, Aziz Ragbi, Martine Audibert
Voahirana T. Andrianantoandro, Martine Audibert, Marilys V. Razakamanana, Aina Harimanana
Maïmouna Diop Ly, Linguère Mously Mbaye
Partie 2 : Caractéristiques des individus, comportements à risque, environnement : des facteurs prédominants ?
Fatima-Zahra Aazi, Meriem Oudmane, Zineb Nahmed, Martine Audibert
Abdellah Nait L Kaid, Abdeljaouad Ezzrari, Safia Fekkaklouhail
Oumaima Er-reyyahy, Hajar Fanchy, Yasser Y. Tamsamani
-
Annonce de soutenance de la thèse de doctorat préparée par Youssef BOUAZIZI
Résumé de la thèse
La transformation structurelle est un phénomène bien identifié à la fois par les spécialistes de l’histoire des faits économiques et sociales, notamment parmi ceux ayant étudié l’épisode de la révolution industrielle, et les économistes du développement. Elle est mise au cœur de leur schéma explicatif de la dynamique économique et des transformations majeures, anciennes et présentes, des économies des pays « développés ». En effet, la littérature abonde des travaux sur le lien entre la migration des moyens de production d’une activité à une autre et la croissance économique. Ils sont quasi-unanimes sur les bienfaits de la transformation structurelle et son inéluctabilité pour qu’un pays puisse réussir son développement économique.
Contribuant aux travaux de recherches portant sur les bienfaits de la transformation structurelle, en l’occurrence sur la dimension sociale (l’égalité des revenus), le premier chapitre de la thèse porte sur le test de la courbe de Kuznets en mettant en exergue les biais qu’elle comporte. L’hypothèse sous-jacente stipule que le changement structurel creuse les inégalités des revenus dans les premières phases de développement. Pour un échantillon de pays de niveaux de développement différents, sur la période 1990-2019, nous exploitons les données macroéconomiques et sociales contenues dans plusieurs bases, notamment celles des World Bank Indicators et World Income Inequality Database. Les résultats nous conduisent à réfuter la thèse de Kuznets sur les effets inégalitaires de la transformation structurelle quand celle-ci est axée sur l’industrie, et ils la confirment quand la transformation est basée sur le secteur des services. Ensuite, en identifiant les mécanismes du marché du travail interne des pays constituant le panel retenu qui, en les croisant avec les parts d’emploi sectorielles, les résultats montrent que l’effet égalitaire de l’industrie est amplifié si les écarts éducatifs et le gap entre hommes et femmes sont réduits.
Cela met en exergue le rôle du processus de l’industrialisation, outre qu’il stimule la productivité, il améliore l’économie en général et participe à la stabilité sociale. Notons enfin que nos conclusions sont nuancées et stylisées grâce à une série d’estimateurs économétriques, notamment lors de l’application du modèle à effets fixes et la technique GMM-System qui a permis de mieux prendre en compte le problème d’endogénéité.
Pour approfondir cette analyse dans le cas du Maroc, le deuxième chapitre, basé sur une approche sectorielle, en l’occurrence l’analyse input-output, identifie les secteurs qui, selon plusieurs critères, jouent un rôle prépondérant dans l’économie marocaine.
Nous mobilisons alors l’approche développée par Hirchman (1958) pour classer les branches d’activité qui ont le plus d’effets d’entrainement sur les branches en amont via leurs consommations intermédiaires (intégrées par les achats) et en aval à travers leurs productions (intégrées par les ventes). Les techniques d’hiérarchisation appliquées, bien qu’inspirées des travaux d’Aujac (1960), sont plus sophistiquées.
Nos résultats montrent, sur la base de traitements sur les tableaux d’entrées sorties de 2007 et de 2018, que les branches industrielles qui exercent de forts effets d’entraînements en amont et en aval n’assurent pas une contribution importante dans le produit intérieur brut (8,38% en 2018), ce qui traduit un déséquilibre de la structure productive marocaine. De plus, les branches industrielles qui sont fortement intégrées selon le critère de la production ne sont pas celles qui contribuent le mieux fiscalement et distribuent le plus de salaires (la part des salaires dans la valeur ajoutée est moins élevée).
Nous sommes alors conduits dans le troisième chapitre à étudier les déterminants du partage des richesses, notamment la part des salaires (ou du travail) dans la valeur ajoutée des entreprises industrielles marocaines.
Pour ce faire, nous exploitons les données de l’enquête de la banque mondiale sur les entreprises. L’estimation montre que la croissance de la productivité totale des facteurs et l’accroissement de l’intensité capitalistique ont constitué ensemble les plus forts facteurs explicatifs de la diminution de la part du travail. Ce résultat confirme l’idée, avancée dans de nombreuses études, selon laquelle la diffusion des technologies d’information et de communication a permis des avancées sans précédent dans les domaines de l’innovation et de l’invention de nouveaux biens d’équipement et processus de production, ce qui a accru la productivité, mais a aussi favorisé le remplacement des travailleurs par des machines dans certains types d’emploi, notamment ceux caractérisés par des tâches répétitives. Et la valorisation du travail (qualifié) n’a pas compensé la réduction des volumes globaux de l’emploi.
Il apparaît également, à partir des résultats de nos estimations, que la réduction de la part du travail est inhérente à l’intensification de la concurrence nationale et internationale ainsi qu’au désengagement capitalistique de l’État. Le canal de transmission de l’effet de ces deux facteurs provient de la baisse induite du pouvoir de négociation des salariés. Certaines études montrent qu’en plus de réduire la rente que se partagent employeurs et salariés, l’accroissement de la concurrence limite le pouvoir de négociation des travailleurs, surtout des travailleurs peu qualifiés, et par conséquent la possibilité qu’ils ont pour maintenir leur part dans la richesse produite. Par ailleurs, l’augmentation des flux d’importations favorise la substitution du capital (souvent consistant en IDE) au travail (celui entre des travailleurs nationaux) contrairement aux exportations, tandis que les investissements directs de l’étranger n’ont aucun impact significatif sur la politique salariale des entreprises.
En guise de conclusion nous soulevons la question du rôle des décideurs publics face au recul de la part de la rémunération du travail et des possibles modalités d’intervention.
-
Annonce de soutenance de la thèse de doctorat préparée par Claire Ricard
La soutenance aura lieu le 09 juillet 2021, à 15h, à la Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales Ain chock, Casablanca. La thèse porte sur les « Investissements familiaux en éducation et genre ».
Résumé de la thèse :
Cette thèse observe l’effet de trois facteurs peu étudiés de l’investissement familial en éducation en fonction du genre.
Le Chapitre 1 analyse l’effet du rang de naissance sur la transition à l’âge adulte à Madagascar. En utilisant des données individuelles de panel collectées en 2004 et en 2012, nous trouvons que les aînés des fratries malgaches quittent l’école plus tôt que leurs frères et soeurs cadets. Ils atteignent alors un niveau d’éducation plus faible, ce qui limite le développement de leurs compétences cognitives. Les aînés sont également amenés à travailler hors de l’entreprise familiale à un plus jeune âge. Nous n’observons un effet du rang de naissance sur l’âge au mariage que pour les filles. Les aînées se marient plus tôt. Nous pensons que nos résultats illustrent une stratégie d’investissement des ménages dans l’éducation des enfants. La transition plus précoce des aînés dans la vie d’adulte permet aux ménages d’avoir davantage de ressources à investir dans l’éducation des plus jeunes.
Le Chapitre 2 étudie l’impact de l’âge au mariage de la mère sur la scolarisation de ses enfants au Maroc. Les résultats qui ressortent de cette analyse sont assez surprenants : les mères qui ont été mariées jeunes tendent à investir davantage dans l’éducation de leurs enfants, particulièrement de leurs filles. Étant donné que l’effet positif du mariage précoce de la mère n’est trouvé que pour les plus jeunes générations de parents, nous faisons l’hypothèse qu’il est le reflet d’une prise de conscience de l’importance de l’éducation, notamment de celle des filles, de la part d’individus qui en ont été particulièrement privés.
Le Chapitre 3 explore les effets du programme marocain de transferts monétaires conditionnels pour l’éducation (Tayssir) sur l’apprentissage des élèves. Grâce aux données du système d’information du Ministère de l’Education Nationale (MASSAR), nous montrons que le programme Tayssir continue de contribuer à la réduction de l’abandon scolaire, plus particulièrement des filles, près de 10 ans après sa mise en place. Cependant, nous trouvons qu’il n’a pas été suffisamment accompagné de mesure d’amélioration de l’offre éducative pour permettre aux enfants d’apprendre dans de meilleures conditions. Nous démontrons que les garçons qui bénéficient du transfert monétaire ont de moins bons résultats à l’examen de fin de primaire que ceux qui n’en bénéficient pas. Nous expliquons ce résultat par l’augmentation de la taille des classes induites par la réduction de l’abandon scolaire dans les communes bénéficiaires. En ce qui concerne les filles, nous ne trouvons pas que l’augmentation de la taille des classes a impacté négativement leurs résultats à l’examen de fin de primaire. Bien au contraire, grâce au programme Tayssir, elles ont plus de chances d’obtenir la moyenne à cet examen et d’être inscrites au collège l’année suivante.
-
Annonce de soutenance de la thèse de doctorat préparée par Marouane Ikira
La soutenance aura lieu le 07 avril 2021, à 15h, à la Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales Ain chock, Casablanca. La thèse porte sur l’ « Évaluation de la politique en matière d’éducation au Maroc et interférence des caractéristiques socioéconomiques : cas du programme Tayssir ».
Résumé de la thèse :
Les programmes de transferts monétaires sont devenus un moyen efficace pour la réduction de la pauvreté et de la vulnérabilité dans les pays en développement, notamment chez les enfants. Théoriquement, ils sont introduits en vue d’améliorer la fréquentation scolaire, la nutrition, l’utilisation des services de santé et aussi de réduire le travail des enfants (Prado et Dewey, 2014 ; De Hoop et al, 2017).
C’est dans ce contexte que nous nous intéressons dans cette thèse à l’analyse des effets du programme marocain de transferts monétaires conditionnels (Tayssir). Après un chapitre introductif dédié à la présentation et à une discussion autour du système éducatif marocain ainsi qu’à la description des programmes d’appui à la scolarisation. Les deux chapitres suivants s’inscrivent dans une perspective et une démarche d’évaluation des politiques publiques. Nous nous appuyons dans ces deux chapitres sur les données des enquêtes à passages répétés que réalise l’ONDH (2015 pour le chapitre I, puis 2012 et 2015 pour le chapitre II).
À la différence d’études antérieures dont les analyses concluent aux succès sans réserve du programme Tayssir sur les bénéficiaires (Benhassine et al, 2013 ; JPAL, 2012), nous relevons dans le premier chapitre, à l’aide d’une segmentation de la population par strates de niveaux de pauvreté, que ce programme est sans effet significatif sur les enfants censés être ciblés en priorité. Notre démarche a consisté à exclure du champ de comparaison les « passagers clandestins » en recourant à une estimation par variable instrumentale. Nos conclusions suggèrent de ce fait la nécessité d’améliorer les méthodes de ciblage et aussi de rechercher d’autres politiques alternatives et complémentaires pour assister les ménages les plus nécessiteux ainsi que pour réussir leur adhésion à l’intérêt pour l’éducation.
Nous sommes alors conduits dans le second chapitre à aborder une autre dimension des programmes de cash transferts et cherchons ainsi à évaluer l’effet du programme Tayssir sur la pauvreté des enfants pour ensuite mieux comprendre la part des ressources que consacrent les ménages à leur éducation. Nous appliquons la méthode des doubles différences et trouvons que Tayssir est sans effet significatif sur la réduction des indicateurs de pauvreté des enfants appartenant aux catégories sociales les plus pauvres. Dans la continuité de cette démarche, nous recourons à la méthode d’appariement pour analyser la structure de la dépense des ménages et en particulier si le programme a permis d’accroître leur effort éducatif, mesuré par le ratio de leurs dépenses éducatives à leurs dépenses non alimentaires.
La conclusion à laquelle nous aboutissons confirme celle du chapitre précédent quant aux limites du ciblage opéré. Tayssir ne parvient pas à modifier significativement l’effort que fournissent les ménages pour l’éducation.
En s’appuyant sur les résultats des précédents chapitres, le dernier étudie l’implication des parents et sa contribution à expliquer les performances scolaires. En effet quand cette implication est faible, la réussite scolaire est compromise. Or beaucoup de travaux montrent que la propension à l’abandon scolaire est en grande partie liée aux difficultés scolaires (McNeal, 1999 ; Diagne, 2010). Ainsi, l’insuffisante implication parentale (chapitre II) conduit au double échec : en termes de performances des élèves (chapitre III) et de propension à l’abandon (Chapitre I).
Ainsi, à partir des données des enquêtes du programme TIMSS (cette fois-ci), nous étudions dans le chapitre III les facteurs explicatifs des performances scolaires avec comme variable d’intérêt : l’implication parentale. Étant donné la nature des données disponibles, à structure hiérarchique, nous utilisons pour ce faire les modèles multiniveaux pour identifier les effets propres aux caractéristiques des élèves et de leur ménage (niveau 1), les facteurs inhérents à celles des écoles (niveau 2) et enfin les spécificités des régions (niveau 3) dont l’inférence est appréhendée à travers le taux d’analphabétisme. Nous réussissons ainsi à capter le poids des externalités dans la réussite scolaire.
Parmi les résultats saillants, outre l’effet significatif de l’implication parentale sur les performances des élèves, on relève que son impact est plus accentué chez les plus pauvres. Enfin, il apparait que le déficit en matière de conditions d’apprentissage ne se limite pas seulement à l’école publique, mais persiste même au sein de certaines écoles privées.
Globalement, notre recherche a révélé que la réussite d’un système éducatif est complexe, en particulier elle montre que les aides financières ne peuvent à elles seules suffire comme stratégie.
La référence aux expériences d’autres pays nous conduit à recommander par exemple la mise en place de politiques complémentaires telles que les programmes de soutien scolaire, pour pallier l’insuffisant engagement des parents.
Au niveau de la recherche, il importe de s’efforcer de comprendre les motivations profondes de ces derniers et l’intérêt qu’ils portent à l’éducation de leurs enfants, avec idéalement une distinction des genres.